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INTERNATIONALISATION DE LA RECHERCHE ET GLOBALISATION LE CAS FRANÇAIS

« EXPERIENCIAS EXITOSAS CON REDES DE INVESTIGACION ENTRE INSTITUTICIONES LATINOAMERICANAS Y EUROPEAS : EL CASO DE LA RED REDFORD »

Pascal Lafont et Marcel Pariat Université Paris Est – ERTe REV

redford-int

Introduction

La question des relations internationales en matière de recherche a assez peu été débattue dans la mesure où, par le passé, la connaissance a le plus souvent été considérée comme un bien public. Mais, depuis quelques années, l’appropriation des connaissances1, et la nécessaire adaptation qu’a engendré la globalisation ont incité à repenser une politique de coopération scientifique universitaire, sans pour autant ignorer le rôle des grands organismes de recherche et des services dédiés d’entreprises en matière de recherche et développement 2.

Ainsi, si le réseau REDFORD cherche à associer continuité et changement, c’est parce qu’il entend se saisir des opportunités qui découlent de l’internationalisation de la recherche, celle-ci étant envisagée à la fois comme médium et finalité. Aussi, les échanges et la production de connaissances qui relèvent de l’investissement de chaque membre, de chaque institution du réseau, s’inscrivent-ils dans une dynamique qui est de nature à permettre de répondre aux nouveaux défis tant internes qu’externes auxquels il doit faire face.

C’est la raison pour laquelle notre démarche prend appui sur les caractéristiques fondatrices de ce réseau de coopération et de développement influencé par les attributs de la modernité qui ont marqué la fin du XXème siècle (première partie), puis sur ses modalités d’adaptation aux évolutions imposées par la globalisation (second partie), et enfin (une troisième partie) sur sa capacité réflexive, qui doit lui permettre d’envisager son inscription dans une intensification de l’internationalisation de la recherche qui ne peut-être envisagée indépendamment de la formation, de l’enseignement supérieur pour l’avenir.

1 Par exemple le nombre de brevets déposés : Rapport du Centre d’analyse stratégique (2007),
« internationalisation de la recherche et du développement des entreprises et attractivité de la France »
2 Par exemple les évolutions des dépenses d’investissements : Rapport du Centre d’analyse stratégique (2007), « internationalisation de la recherche et du développement des entreprises et attractivité de la France »

 

Eléments de la genèse d’un réseau de coopération-développement

Après de premiers échanges bilatéraux au début des années 1990 entre deux universités chiliennes, l’université UniNorte Barranquilla, et l’Université Paris 12, le réseau REDFORD a été institutionnalisé en 1995. Il s’enracinait alors dans des histoires en partie individuelles et en partie collectives, inhérentes aux conditions idéologiques et sociales imposées par un régime politique dictatorial. Ce sont ces histoires partagées qui ont été, dans un premier temps, le ferment des volontés de rapprochement et de coopération entre des enseignants chercheurs d’origine chilienne et française, et ont œuvré pour l’épanouissement de la personne, du bien commun, et des valeurs démocratiques.

Cette nouvelle démarche de coopération a pris appui sur la mise en œuvre de cursus de formation supérieure diplômants, de niveau Master (1) dans le champ du développement éducatif et social, favorisant ainsi la création d’un diplôme de même type dans les universités partenaires grâce à une assistance technique et pédagogique tant au niveau du montage du programme pédagogique que de sa réalisation. Les étudiants accueillis dans ce cadre, le plus souvent des enseignants d’établissements d’enseignement supérieur, se voyaient offrir la possibilité d’une co-diplômation, dès lors qu’ils remplissaient les conditions permettant de valider leur parcours. Ainsi naissait un nouveau modèle de coopération, qui provoquait une rupture avec le système antérieur de coopération entre l’Europe et l’Amérique latine.

Au fil du temps, dans la dynamique engagée, et toujours grâce à des relations privilégiées entre exilés politiques d’origine latino-américaine dans différents pays d’Amérique du sud ou d’Europe, de nouveaux liens ont été tissés avec d’autres universités d’Amérique latine3, ainsi que des institutions universitaires européennes4. Les négociations qui ont été conduites en vue de l’intégration des nouveaux partenaires au sein du réseau REDFORD impliquent à la fois une résonance affective interpersonnelle forte et une détermination institutionnelle et politique avérée. En aucun cas il ne pouvait s’agir, du point de vue des responsables institutionnels français, d’une quelconque forme de néocolonialisme, puisqu’il s’agissait bien au contraire d’affirmer une volonté d’engagement au cœur même d’un processus de participation collectif et solidaire au développement d’universités latino- américaines et caribéennes partenaires.

3 l’Université d’Antioquia de Medellin – Colombie, celles de la Havane (Cuba), de la « Pontificia Universidad Catolica Madre y Maestra » de Saint-Domingue -République Dominicaine-, la Autonoma de Yucatan de Merida – Mexique-, ou encore de l’Université Quisqueya de Port au Prince Haïti
4 Université « Autonoma de Madrid », et Université de « Londres »
l’Université Del Norte (Colombie), l’Université d’Antioquia (Colombie) en 1996, l’Université Fédérale de Salvador de Bahia (Brésil) en 1997, l’Université de La Havane (Cuba) en 1999, l’Université du Costa Rica en 1999, la Pontificia Universidad Catolica Madre et Maestria de Saint-Domingue (République Dominicaine) en 1999, l’Université Autonoma de Yucatan – Mérida (Mexique) en 2000, l’Université Catholique de Valparaiso (Chili), et l’Université Los Lagos d’Osorno (Chili) en 2001 ;

 

Si la « coopération-développement » n’est pas un concept aisé à définir, il recouvre pour nous, au moins deux dimensions complémentaires qui, de prime abord, peuvent apparaître contradictoires ; l’une tend à considérer que l’individu est à la recherche d’espaces sociaux restreints dans lesquels sa participation à l’activité collective retrouverait un sens et une intentionnalité, alors que l’autre permet d’analyser ces engagements qui s’expriment dans l’université, l’entreprise, la région, le pays par exemple, comme l’expression de la fin d’une certaine figure du politique, garante des valeurs universelles et seule capable de limiter l’exacerbation des intérêts égoïstes.

Ainsi, l’affirmation selon laquelle « les réseaux ne sont rien s’ils ne sont pas des réseaux sociaux »5 (Mulgan G.J. 1991), nous semble confirmée, car il s’agit bien, à travers l’histoire de la constitution du réseau REDFORD, de réseaux préexistants, en quelque sorte légitimés par la mise en place de relations institutionnalisées. Au-delà d’une dynamique interindividuelle entre des hommes et des femmes qui partagent une part d’histoire commune, apparaît en fait une autre dynamique interindividuelle fondée sur l’élaboration de relations nouvelles à l’occasion non seulement d’interventions d’enseignants chercheurs dans les universités partenaires, socle de l’élargissement du cercle fondateur initial, mais aussi grâce à des événements tels que des colloques ou des congrès thématiques, la possibilité de mettre en commun et d’échanger, non seulement sur le plan scientifique, mais également sur le plan relationnel et humain au cours de moments de vie collective. C’est donc bien en passant des histoires individuelles à une histoire collective que s’est structuré peu à peu le réseau « Education Formation Développement » -REDFORD-.

La notion de réseau apparaît alors, d’une part comme un regroupement d’acteurs ayant des propriétés en commun, au sens traditionnel dans les sciences sociales, et d’autre part, comme s’associant à l’émergence de formes inédites d’action collective qui résultent de nouvelles préoccupations « socio-environnementales » dont les finalités peuvent être de nature diverse (forces de progrès, d’opposition, ou de résistance par exemple).

Il n’en demeure pas moins vrai que la signification du concept de réseau reste éminemment complexe, puisque elle est interprétée dans différents champs disciplinaires et que ses usages peuvent montrer des contradictions ; en effet, si le réseau peut être défini en tant que « réseau hiérarchisé », il est, dans des contextes différents, envisagé comme un outil favorisant le maximum de liberté dans un ensemble social aux contours mal définis, sans stabilité dans le temps et sans structure organisée.

Modalités et stratégies d’adaptation du réseau REDFORD

L’ouverture à de nouveaux partenaires a contribué à l’émergence de nouveaux champs de réflexion et d’analyse ; en effet, l’association d’acteurs d’origine institutionnelle, privée et publique, mais aussi culturelle, au sens des contextes et des environnements, comme des champs disciplinaires, participe

5 G.J. Mulgan (1991), Communication and control. Networks and the new economies of communication, Cambridge, Polity Press.

de la richesse du réseau, renvoyant ainsi à sa capacité à combiner une pluralité d’intérêts et de points de vue différents. L’entrée de l’Université de La Havane a par exemple révélé que dans le contexte économique de Cuba, apparenté à une forme de « mal développement », où l’éducation est pourtant fort développée, la difficulté majeure qui apparaît, malgré une volonté jusque là affirmée de planification, est celle d’un déficit d’articulation entre la formation et l’emploi, même si les répercussions des mutations techniques mondiales sur le pays lui-même sont indéniables. Un nouveau type de questionnement interpellait désormais l’ensemble des partenaires membres de REDFORD. De la même manière, l’entrée dans le réseau d’autres établissements d’Amérique centrale et de la Caraïbe, devait générer de nouvelles thématiques de recherche comme celle des personnes « déplacées » en situation de grande précarité, mais aussi des « communautés indigènes ». Sur un tout autre registre, les questions de la « certification des compétences et de la qualité », qui est à l’intersection entre le travail et la formation, et celle de la « restructuration d’un système d’enseignement supérieur à l’échelle des régions », interpellent quant à l’articulation entre politique étatique et décentralisation de l’offre de formation. Ainsi, toutes ces préoccupations sont- elles rassemblées autour des questionnements liés aux « Espaces de formation et à l’individualisation des parcours professionnels et de formation tout au long de la vie », qui ont donné lieu à des travaux de recherche conduits dans les différents établissements d’enseignement supérieur membres de REDFORD, dans le cadre de la codiplômation ; ceux-ci se sont élaborés autour des thématiques dont suivantes :

 décentralisation et citoyenneté : analyse des organisations communautaires et articulation aux tendances du développement et de la gérance sociale, transformation municipale et décentralisation dans 4 communes de l’aire métropolitaine d’Antioquia.

développement local: impact de l’action municipale sur le développement endogène local à Uraba, relation démocratie-développement au niveau local (analyse des résultats de la participation de la société civile dans la planification à Medellin), situation socio-économique et juridique de la petite propriété rurale dans la province d’Osorno, évaluation des projets de développement local mis en œuvre en établissements de santé ruraux d’osorno, 20 ans de développement forestier dans l’Araucania, impact de l’expansion forestière dans les économies paysannes de subsistance, facteurs associés à la gestion du gouvernement municipal de Valledupar, description de la gestion des mairies mineures dans le district de Carthagène des Indes, développement socio-économique et perspective de création d’emploi à San Juan Del Cesar Guarjira, planification des communes du département de l’Atlantique dans le contexte de la décentralisation

 développement social : organisation des communautés de femmes des municipalités de la zone de plantation bananière d’Uruba et impact sur le développement personnel et social, éducation, développement social et

gérance sociale dans l’école colombienne, relations entre développement social et violence politique et sociale dans la zone d’Uraba, développement social et management social (une application au secteur électrique colombien), potentialités de développement humain par rapport à la qualité de la vie du hameau Soledad, évaluation de la qualité des projets de développement social des organisations non gouvernementales du quartier Las Malvinas sud-ouest Barranquilla, relation entre appartenance aux réseaux sociaux et dynamique familiale des femmes travailleuses en condition de pauvreté, capacité des habitants des quartiers envahis de Barranquilla à contribuer au développement communautaire

  •   éducation de l’enfance dans les secteurs populaires : développement des aptitudes chez les enfants de 4 à 7 ans dans le cadre des programmes d’assistance sociale, l’autorité chez les enfants de 4 à 7 ans au regard des conditions de vie, usage de la drogue et rapport à la formation du jugement moral
  •   environnement et écologie : utilisation du sol dans la frange de protection environnementale du fleuve Magdalena dans le quartier Las Flores de Barranquilla, facteurs associés à des problèmes environnementaux et incidence sur les espaces publics (développement social et économie), analyse des répercussions écologiques et sociales du dessèchement de la Cienaga Brarranquilla
  •   identité sociale et culturelle : représentations sociales de la culture adaptative chez un peuple indigène de la Sierra Nevada de Santa marta, le monde symbolique du quartier Barlovento de Barranquilla, la culture aspect clé du développement social du sud de Cienaga Magdalena
  •   imaginaire et société : la reconstruction de l’imaginaire urbain de Barranquilla, violence et paix dans le discours de la presse colombienne
  •   participation et organisation populaire : participation de la communauté dans la gestion de l’association familles unies de l’entreprise solidaire de santé d’Apartado, gestion des organisations à caractère public non gouvernemental en relation avec le développement social régional, perspectives sociales et politiques de la jeunesse dans le développement de 4 municipalités de l’orient d’Antioquia, étude de planification culturelle de la commune de Ranco (Chili) les réseaux sociaux dans les procès d’adaptation des habitants de la Traversia en Colombie, communication dans les organisations communautaires, caractéristiques générales de l’organisation communautaire du district de barranquilla, proposition pour la participation communautaire à la réhabilitation de la colline de Popa et sa zone d’influence, analyse de la participation citoyenne dans la gestion publique du district touristique culturel et historique de

Santa-Marta, processus de participation sociale dans 3 quartiers populaires de

Barranquilla
 pauvreté et dépendance : conditions de vie des personnes travaillant dans le

recyclage des déchets solides dans le département de l’Atlantique en

Colombie, pauvreté et délinquance (le rôle de médiateur de l’identité familiale)  rapports entre école et société : culture politique à l’école et construction de citoyenneté, utilisation du courrier électronique dans les écoles primaires de Temuco (Chili), l’éducation comme base de formation d’une culture de l’eau dans la municipalité de Magangue (Colombie), la participation de la famille dans le développement de la pensée mathématique chez les enfants de 5 ans, les facteurs de satisfaction des nécessités humaines associées aux réseaux sociaux des jeunes scolarisés la région de Barranquilla.

Rapport entre formation et travail: gestion des ressources humaines et

réorientation de parcours professionnel dans le cadre de la gestion des compétences et de la reconnaissance des savoirs non formels et informels

Le sous-développement de l’enseignement supérieur et le fort taux d’analphabétisme6 associés à un faible taux de développement économique de la zone Caraïbes mobilisent tout particulièrement les organismes internationaux et justifient pleinement la focalisation du Réseau REDFORD sur celle-ci. La centration, en partie, de ses actions sur cette zone prend sens au regard autant d’une communauté et d’une diversité de cultures, que d’une grande similitude des politiques de développement des pays concernés. L’observation attentive permet de constater une réelle diversité culturelle et ethnique en même temps que des difficultés communes ayant trait au mal développement tant économique que social, non seulement dans les pays de la Caraïbe, mais également dans tous ceux de l’Amérique Latine. Ces difficultés sont d’autant plus exacerbées lorsque de nouveaux défis émergent, tels que la formation des cadres, l’intégration des nouvelles technologies éducatives et de communication par exemple. De tels défis permettent de prendre toute la mesure de l’enjeu que représentent l’éducation et la formation par rapport au développement, qu’il s’agisse du développement humain, économique, social, culturel… Le réseau REDFORD est alors appelé à jouer un rôle de dynamisation collective dans les pays partenaires en recherche de développement, en mettant en œuvre des formations supérieures susceptibles de former des acteurs relais de développement durable. L’exemple du programme Precac en témoigne…à confier la responsabilité d’un observatoire de la jeunesse pour toute l’amrique latine et centrale à la République Dominicaine.

REDFORD offre la possibilité aux étudiants de chaque établissement membre du réseau, outre les enseignements qu’ils suivent dans leurs universités d’appartenance de suivre, au cours de deux années des séminaires proposés par des équipes pédagogiques et scientifiques des universités

6 Le taux d’anaphalbétisme de la population âgée de 15 ans et plus -soit 19 millions- en Amérique latine et dans les caraïbes s’élevait à 11,7% au début des années 2000 -, alors qu’il était de 7,3% en Amérique du nord et de 1,3% en Europe.

 

européennes partenaires, et coordonnés par l’Université Paris 12. Ce sont un peu de 450 étudiants en tout qui ont été accueillis à l’Univetsité Paris 12 entre 1993 et 2008 afin d’obtenir une maîtrise, puis un master.

La vie d’un réseau se mesure probablement aussi à l’aune de ce que l’on nomme l’apprentissage ou l’enrichissement mutuel. Au-delà des négociations à caractère officiel, des séquences de découvertes du milieu permettaient d’appréhender l’environnement dans lequel s’enracinent les pratiques pédagogiques et de recherche.

A titre d’exemple, l’inauguration d’une école dans un quartier de la côte Nord Colombie, fut l’occasion de fêter sur un mode traditionnel, avec les jeunes et les villageois, toutes tranches d’âges confondues, l’achèvement des travaux réalisés par la communauté elle-même, ou encore d’être confronté à des actions d’éducation de base mises en œuvre auprès de populations excentrées et sinistrées écologiquement (La Cienaga7). L’Université Uninorte Barranquilla (Colombie) a mis en œuvre une pratique de formation universitaire qui allie singulièrement acquisition de savoirs et de savoir-faire, et au moyen de la recherche-action, les futurs psychologues formés par l’Université sont impliqués dans un programme d’éducation de base qui vise à développer l’offre d’éducation dès la petite enfance, prenant ainsi en compte l’insuffisance criante d’institutions éducatives, dans le cadre de programmes d’aide et de soutien internationaux (associant création d’institutions éducatives et mobilisation des populations locales, des acteurs économiques et politiques locaux). Sur la base de cette expérience, l’équipe pédagogique et scientifique de l’Université Paris 12, s’inspirant de ce modèle, a développé des pratiques de formation universitaire qui visent la professionnalisation des étudiants par et pour la recherche, en partant de constats inhérents à la crise économique et sociale : difficultés scolaires (difficultés avérées), difficultés d’insertion professionnelle et sociales des jeunes (inemployabilité, conduites déviantes, violence…), mais aussi par souci de transfert de savoir-faire (de pratiques pédagogiques) importés du Nord Colombie. Cette démarche de recherche-action a alors favorisé le développement de partenariats avec des collectivités territoriales, des établissements scolaires et ou de formation, des dispositifs d’accueil et ou d’insertion, des associations de prévention, ou relevant de l’économie solidaire, et fourni l’opportunité aux étudiants en formation supérieure de prendre la mesure des réalités éducatives dans un contexte économique et social pourtant développé. Ainsi, par l’observation tant quantitative que qualitative, ils ont pu contribuer non seulement à l’analyse de phénomènes éducatifs et sociaux, mais également à la prise de décision des acteurs concernés par la gestion des équipements, établissements et dispositifs à caractère éducatif et ou social.

Depuis un peu plus d’une quinzaine d’années, des rencontres régulières ont eu lieu entre les enseignants tant sur le plan pédagogique que sur celui de la recherche. Des colloques et des congrès ont été réalisés en partenariat avec les universités du réseau, et portés concrètement par les

7 La Cienaga grande : région nord caraïbes de la Colombie, cité lacustre sur pilotis, sinistrée sur le plan écologique et économique à la suite de l’édification d’une infrastructure routière qui a eu pour conséquence l’arrêt de la fluidité entre l’eau de mer et l’eau douce des rivières.

 

universités d’accueil sur la base de leurs choix thématique. Ceux-ci ont fluctué de « l’éducation, la formation et le développement humain », en passant par « les effets des technologies nouvelles », et « la mondialisation », pour se concentrer, ces dernières années, autour de questions qui ont trait aux « Espaces de formation et d’individualisation des parcours professionnels et de formation tout au long de la vie en Europe et en Amérique Latine ». Cette orientation est confirmée à la lecture du thème du prochain colloque qui se déroulera en avril 2008 à Merida (Mexique): «Certification de l’apprentissage, et formation tout au long de la vie, incluant formation continue, formation par l’expérience en situation de travail, éducation formelle, formation par le travail, et autoformation ». Des publications ont permis de diffuser et de valoriser les résultats de la recherche, autant au moyen de revues que grâce à la mise en ligne du contenu des communications. Celles-ci ont également fourni à des équipes d’enseignants et de chercheurs l’opportunité de confronter et de croiser leurs travaux.

Le respect de la diversité des approches et des théories de référence quant à la lecture et l’analyse des faits et phénomènes éducatifs est affirmé. Il s’agit de mettre l’accent sur le refus de toute forme d’impérialisme théorique dans le respect de la pluriculturalité et de la pluridisciplinarité.

Ce qui est alors visé, c’est l’étude des faits et phénomènes éducatifs aussi bien dans une perspective macro-éducative que micro-éducative, dès lors qu’ils entrent en résonance avec la question du développement, sans pour autant renier les approches de type quantitatif.

Enjeux et défis pour l’avenir du réseau REDFORD

L’internationalisation de la formation supérieure et de la recherche résonne désormais avec une mondialisation où se jouent des concurrences entre « sociétés de la connaissance », dont le but est de devenir les plus compétitives du monde.

Dans ce contexte, grâce au protocole de Bologne (1999), les modalités de la construction de l’espace européen de l’enseignement supérieur et de la recherche ont permis la mise en œuvre d’une politique de coopération et d’échanges entre institutions européennes8, dont la finalité est de favoriser la mobilité des citoyens par une reconnaissance réciproque des titres universitaires, pour favoriser l’emploi et garantir la compétitivité du système européen. C’est donc progressivement que s’est institué, puis généralisé le L/M/D, associé à un système de crédits (ECTS), afin de rendre lisible la comparaison entre les titres et diplômes, leur valeur, et de les capitaliser quelle que soit le parcours de formation. La politique de recherche au niveau européen doit être lue à l’aune de la volonté de faire de l’Europe « une société de la connaissance », qui soit la plus compétitive du monde. La stratégie de

8 Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Islande, Irlande, Italie, Létonie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République Tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse.

Lisbonne passe en fait par un objectif d’élévation du niveau de qualification. Dès lors, la recherche apparaît à la fois comme médium et résultat d’une rationalisation des actions de recherche pour y parvenir.

A l’instar d’une logique de rapprochement à l’échelle de l’Union européenne, le réseau REDFORD a, dès son origine, postulé que la diversité des profils individuels et institutionnels de ses acteurs participait de la richesse des actions qu’il était à même de mettre en oeuvre. En rassemblant sur des objets de formation et de recherche communs, on parvient à produire des résultats qui ont une importance plus grande, donnant ainsi une meilleure visibilité au rayonnement du réseau. Toutefois, l’expansion de celui-ci, pose d’une part la question du seuil critique au-delà duquel les contraintes inhérentes à la coordination des actions entre partenaires risqueraient de prendre le pas sur la liberté des acteurs qui le constituent, et d’autre part, celle des critères qui doivent présider à l’admission de nouveaux membres. Cette question est d’autant plus d’actualité qu’elle est correllée aux effets produits par la réforme de l’enseignement supérieur en Europe (LMD), qui donne une nouvelle dimension et un nouveau sens à la co-diplômation.

A l’échelle de l’Europe, des incitations au regroupement en vue d’une meilleure lisibilité, mais aussi visibilité de la recherche, apparaissent dans les invitations au regroupement des équipes de recherche, au vu des attendus des programmes de recherche et d’évaluation des équipes.

La mesure des évolutions de la politique de recherche et de leurs répercussions sur les pratiques des acteurs repose sur une distinction des niveaux d’appréhension de la politique de recherche en référence aux programmes européens (PCRDT, programme transversal…), nationaux (ANR)… et génère au niveau macrosociologique une structuration de la recherche telle que celle prévue dans la récente loi sur la recherche et l’enseignement supérieur (2006) en France donnant naissance aux Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur (PRES)9, aux Réseaux Thématiques de Recherche Avancée (RTRA), aux Réseaux Thématiques de Recherche en Soins (RTRS)…

Cette politique de regroupement d’équipes pour apporter une plus-value scientifique appelle des positionnements institutionnels et individuels, et fait émerger, dans la constitution de ces réseaux, des logiques d’acteurs qui agissent le plus souvent au nom d’intérêts collectifs ou individuels. Au-delà des réseaux institués par la loi, les réseaux « volontaires », à l’image de REDFORD, sont de nature à favoriser la rencontre et l’échange entre les acteurs, et constituent un potentiel de mobilisation pour le développement et l’internationalisation de la recherche. En effet, constitué en centre de ressources scientifiques, les équipes membres de REDFORD sont autant de possibilités de regroupements thématiques en vue de réponses à des appels d’offres internationaux, mais elles sont aussi des lieux

9 le projet dix campus, issu des propositions du rapport Attali (2008), remis au président de la république française, engage une recomposition de l’aménagement du territoire universitaire en trois niveaux : mondial, national, régional,. Les universités mondiales y sont désignées comme «Pôles universitaires pluridisciplinaires », et parmi celles-là, pourront être sélectionnés les PRES.

d’accueil et de formation pour des étudiants doctorants dans le cadre de cotutelles de thèses et ou de réalisation de stages de recherche, ou même de professionnalisation à un haut niveau de qualification, à l’exemple du parcours international de master « sciences de la société » mis en œuvre par Paris 12 en partenariat avec diverses universités et organisations internationales.

Quel que soit le lieu de formation de haut niveau, les étudiants sont confrontés à des problématiques nouvelles qui exigent d’eux qu’ils puissent attester de compétences, et qu’ils soient capables d’envisager leur insertion sociale et professionnelle ou leur évolution professionnelle dans une perspective de mobilité non seulement sociale, professionnelle, mais aussi territoriale dans un espace international. La valeur ajoutée est alors celle qui est susceptible de permettre une plus grande flexibilité, adaptabilité, voire mobilité.

Conclusion

Le réseau REDFORD tente de rester fidèle à ses valeurs fondatrices reposant sur le savoir universel et l’ouverture d’esprit de façon à expliciter sa volonté de soutenir et de promouvoir, dans un cadre structurant et proactif, des activités tant de formation et d’enseignement que de recherche, bénéficiant au public auquel il s’adresse (étudiants, société civile…), et aux individus qui le composent afin d’acquérir les connaissances, les habilités, et les attitudes requises pour pouvoir travailler utilement dans un contexte de plus en plus internationalisé.

L’adaptation du réseau doit dès lors être envisagée sous l’angle d’un renouvellement de la concertation entre anciens et nouveaux partenaires, pour mieux envisager l’évolution de ses activités en matière de formation et de recherche dans une perspective de développement durable. Pour ce faire, le réseau peut opter pour une production des savoirs et une transmission des connaissances dans une perspective d’internationalisation qui s’inscrit à la fois dans logique interne et dans une logique externe. Cette évolution, fait apparaître une nécessité de changement entre une approche « connexionniste » du réseau, issue d’un effet du à l’agrégation de ses acteurs, vers une approche néo-institutionnaliste ayant pour finalité de valoriser et d’inscrire dans la durée la valeur ajoutée que représentent les actions qui ont été, sont, et seront menées, de telle sorte que soient protégés les profits qui en résultent.

Il est alors possible de faire l’hypothèse que le réseau surmontera les défis auxquels il est confronté, et que ses membres dépasseront les contradictions inhérentes d’une part à ses dimensions contraignantes de coordination, de planification d’activités régulières et communes, concourant à la cohérence des actions de formation et de recherche, et d’autre part à sa volonté de laisser libre court à des actions innovantes et non formelles comme aux échanges de points de vue.

Aussi, tout comme REDFORD, l’Université Paris 12, mais aussi chaque autre institution membre du réseau, devrait s’efforcer de mettre en cohérence ses actions de formation et de recherche avec comme présupposé que celles-ci soutiennent des activités de coopération et de développement sur la base de fondements éthiques et culturels porteurs d’une perspective d’ouverture et de rapprochement entre les cultures et les civilisations. 

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